Les filles à l’eau

Article de Lucie Hervoche

“Le fait de naviguer avec les garçons, nous oblige à nous dépasser pour arriver à leur niveau.”

En tant qu’ambassadrice féminine d’Espace Windsurf, je me dois de vous présenter les régates, le fonctionnement, ainsi que les conditions de navigation lorsqu’on est une fille et pour cela j’ai décidé d’interviewer la vice-championne de France Espoir 2011 en Bic Techno 293 : Maëlle Guilbaud avec qui je m’entraîne.

Je lui ai posé quelques questions sur son ressenti en tant que fille lors de régates, d’entrainements, pour savoir comment elle se sent par rapport aux garçons, comment elle appréhende le fait d’être une fille dans un sport autant prisé par les hommes, si elle pense que le matos est toujours adapté, etc.

 

A quel âge as-tu commencé à naviguer ?

J’ai commencé à naviguer à 6 ans en slalom, à Saint Barthélémy où j’habite, puis vers 11, 12 ans j’ai débuté la Bic Techno 293. Je compte passer sur le support olympique : la RSX. Je m’entraîne aussi en slalom.
Qui à été le premier acteur de ton initiation à la planche à voile ?
Ce sont mes parents qui m’y ont initié, car ma mère est une ancienne championne de slalom et mon père un fondu de planche à voile depuis toujours.
Cette passion te vient donc de tes deux parents et c’est une chose assez rare de nos jours car, en général, si les parents ne naviguent pas, nous n’avons pas forcément l’occasion de pouvoir découvrir ce sport. Par contre une fois qu’on a mis le nez dedans, impossible d’arrêter.

maelle Guilbaud

Tu es entrée, cette année, au Pôle voile à La Baule où tu t’y entraînes toutes les semaines et tu es licenciée au SN Sablais, aux Sâbles d’Olonne. T’entraînes-tu avec beaucoup de garçons ?

Depuis cette année, avec mon entrée au Pôle à La Baule, je navigue avec six garçons et seulement une fille.
fille windsurf

Penses-tu que cela te soit bénéfique de t’entraîner avec une fille ?

Je considère cela comme un avantage car, entre filles, nous pouvons nous soutenir et nous aider, ce qui n’est pas toujours le cas lorsqu’on on se retrouve seule dans une équipe uniquement masculine.
C’est d’ailleurs un des inconvénients premiers dans ce sport, le fait que ça soit majoritairement masculin ne nous permet pas toujours de nous sentir aidée, épaulée et nous avons parfois besoin de soutien moral que ne peuvent pas nous apporter les garçons… C’est donc très important pour moi d’avoir quelqu’un à mes côtés qui puisse me comprendre et avec qui je puisse discuter de nos régates, de nos résultats, nos observations.

 

Crois-tu que le fait de t’entraîner avec une majorité de garçons puisse être un avantage au niveau navigation par rapport aux autres filles lors de régates par exemple ?

Oui, car nous apprennons à naviguer aussi durement que des garçons. Du coup, lors de régates où il n’y a que des filles, cela nous paraît plus simple et un peu moins physique. Le fait de naviguer avec eux, nous oblige à nous dépasser pour arriver à leur niveau.

 

Le temps de navigation est-il identique à celui des garçons ?
Y a-t-il des poules différentes lors des régates ?

Nos coachs essayent de faire en sorte que l’on navigue autant que les garçons et nous ne nous en plaignons pas, bien au contraire. Comme je l’ai déjà dit, grâce à cela, on apprend beaucoup à se surpasser, c’est très important et très instructif.
Lors des rencontres internationales, les filles ne courent pas avec les gars, car ça ferait beaucoup trop de monde sur un même départ. Par contre, lors de plus petites rencontres, entre ligue par exemple, les filles courent avec les garçons, car nous ne sommes généralement pas assez nombreuses pour constituer une poule.
En général nos poules sont deux fois moins importantes que celles des garçons.

windsurf groupe
 

Penses-tu que le fait d’être une fille puisse te désavantager pour certaines choses, comme pour obtenir des sponsors par exemple ?

Je pense que cela peut jouer un rôle. Effectivement la pratique féminine de la planche à voile, et encore plus celle de la régate, n’est pas du tout ou très peu médiatisée. De ce fait, les commerces et les entreprises ont parfois ‘peur ‘ et ne savent pas trop dans quoi ils s’engagent. Ils leur arrivent donc de refuser de nous aider.
Cependant, il peut aussi être facile d’obtenir des sponsors ! Car même si nous sommes moins médiatisées, le fait que nous soyons beaucoup moins nombreuses offre une diffusion de leur image beaucoup plus importante que s’ils sponsorisaient des garçons.
Cela est donc très variable, il faut savoir donner les meilleurs arguments possibles et se détacher des autres en faisant preuve d’originalité (pour les dossiers de sponsoring par exemple).

 

Crois tu que ton matériel soit toujours adapté ?

Ce n’est pas forcément le cas aujourd’hui en Bic, les filles ont les mêmes voiles que les garçons. Mais plus tard, en RSX, les filles qui passent en catégorie senior gardent une voile plus petite que celle des garçons : 8.5 pour les filles et 9.5 pour les garçons.
En slalom, on rencontre aussi quelques problèmes de ce genre pour les planches. Par exemple, on doit parfois se faire des customs ou prendre des voiles pour enfants. Aujourd’hui, seuls les wishbones sont plus fins et vraiment adaptés pour nous.

 

Penses tu que le fait que ce soit un sport à sensations fortes influe sur le fait qu’il y ait si peu de filles ?

Oui je pense, car les sensations dans le vent sont vraiment très intenses et cela peut poser problème à beaucoup de filles car, c’est bien connu, les filles aiment beaucoup moins les sensations fortes que les garçons. Mais il n’y a pas que ça, je pense aussi que c’est un sport très physique qui demande de l’investissement que toutes les filles ne peuvent pas forcément fournir.

 

En résumé, être une fille dans le monde de la régate et du windsurf en général, n’est pas toujours évident, d’autant plus que la gente masculine est, en moyenne, deux à trois fois plus présente que nous.
En régate filles, nous sommes en moyenne 25-30 sur des étapes nationales, alors que les garçons sont, en général, 60 à 70 (pour le championnat de France par exemple).
De plus, le fait que les effectifs de navigatrices soient si peu élevés peut parfois entraîner quelques problèmes. Par exemple, l’année dernière, bien qu’il y ait deux filles dans la ligue Pays de Loire à courir régulièrement les épreuves locales et nationales, la championne de ligue n’a pas pu obtenir le titre, car il n’y a pas eu suffisamment de filles qui ont couru tout au long de l’année (pour qu’un titre soit validé il faut au moins sept coureurs dans une catégorie). On assiste donc à une ‘pénurie’ d’inscriptions féminines.
De même pour les sponsors, il faut se battre et avancer les meilleurs arguments pour qu’un commerçant accepte de nous aider. Heureusement, les clubs participent assez régulièrement aux transports ou aux hébergements et ce, autant pour les garçons que pour les filles.
On rencontre aussi des problèmes pour le matos, car en tant que filles ce n’est pas toujours bien adapté pour nos morphologies et il faut souvent se débrouiller pour adapter le matériel. Pour porter le matos, c’est une vraie galère, surtout pour les débutantes et cela ne doit pas aider à attirer de nouvelles navigatrices. Même Dunkerbeck a son propre porteur de matos (son caddy) !!!

Le sport n’est donc pas encore tout à fait adapté pour nous, mais le plaisir qu’il procure nous fait oublier tout ça !
Je lance aujourd’hui un appel à toute les filles à venir naviguer et nous rejoindre sur nos régates et les spots de France et d’ailleurs !

 

Ivan Cacaly — Sea Clone boards


La perfection n’existe pas! Je vois que tu n’as pas vu la finition de certaines de mes planches…” [rire]


Issu d’une famille à vocation artistique, Ivan est dans le métier depuis quelques années. Il a commencé par redessiner le design graphiques de différentes boards – skate, wind ou encore surfboards; puis, comme beaucoup de shapers, il a rafistolé des planches cassées avant de leur donner une nouvelle jeunesse, puis il en est venu à la réparation pure sur la demande de riders locaux de Montpellier… Il franchit le pas du shape à l’été en 2008 par un proto de windsurf vague, à 5 boitiers d’ailerons… Quelques mois passent et il présente en avant première sur Windsurf Journal un prototype de slalom de moins de 2 mètres de long ! Le pas de la stratification au rabot et de la création est franchi !

En 2009, rencontre avec Sylvain “Iceman” Routier, rider windsurf et stand up paddle des côtes nordiques ; échanges et projet autour du stand up paddle de race, support encore inconnu chez nous en 2009.



Des mois ont été nécessaires pour arriver à un résultat de création de shapes cohérents et efficaces sur l’eau ! Fin de l’automne 2009, l’atelier propose 5 machines de Sup, 3 vagues atypiques de 7 à 10’8 et 2 monstres de courses de 14 et 18 pieds…Tests officiels en rade de Brest par 20/25 nds de vent, houle courte et serrée, les riders testeurs découvrent 5 mois de travail, des designs originaux et uniques, tant par la construction bio composite que par l’ergonomie novatrice des ponts, les astuces diverses, etc… Un choc visuel et technique, des sensations de navigations nouvelles, les riders présents sont enchantés, Sylvain et Ivan ravis de leur labeur… La petite histoire est en route !


Néo-matériaux, esthétique et développement durable

Les shapes Sea Clone reposent sur une philosophie respectueuse de notre environnement, notamment sur la nature des matériaux (résine et fibres) employés ; des bio composites écologiques comme le lin, le basalte associés aux résines bio sourcées… Précurseur dans leur emploi, Ivan est en veille permanente sur l’actualité des néo-matériaux propres susceptibles de correspondre à cet état d’esprit et une utilisation pertinente dans le cadre du développement de shapes efficaces.
Par exemple, les derniers customs de l’atelier ont abandonné la technologie sandwich polyuréthane pour celle du liège.


L’esthétique prend également une grande place dans ce travail de sorte que les matériaux soigneusement sélectionnés pour la construction sont également choisis pour leur rendu à la finition sous glass type surfboards. Néanmoins, les peintures lorsqu’elles sont présentes sont biologiques.
Ivan aime ce rapport entre caractéristiques techniques, performance, esthétique en plus des valeurs qui tournent autour d’une construction saine ; l’ensemble des matériaux et leur déchet sont triés et recyclés via des filières spécialisées (pain polystyrène, etc..).


Avenir ?

Les évènements de la vie ont amené Ivan a déménager l’atelier à deux reprises au cours de la dernière année; après le développement des prototypes SUP, le mois de Mars 2010 a été l’occasion d’une installation au plus près des nombreux spots du sud de la France… L’atelier aujourd’hui installé à Leucate, assure la prise en charge et la réparation de la majorité des planches des shops leucatois, des riders locaux et en vacances sur la capitale française du vent, et développe des sup et windsurf boards pour tous les riders désireux de posséder une machine originale et différente.


L’atelier vient de créer son team de course stand up paddle et participe de belle manière aux épreuves locales et européennes (Sainte Maxime sup race); Ivan est aussi sollicité pour le développement de shape de sup race d’une marque en pleine évolution sur ce domaine…


Les photos


Article similaire : Custom DMC

Custom DMC

dmc windsurf

Article de Céline Grosjean

 

Manu Depersenaire, le shaper belge des customs DMC, se livre à nous pour une interview ainsi qu’une démonstration de son travail plus que méticuleux.

 

 

dmc windsurf

Nom : Manu Depersenaire
Atelier
: DMC
Son site web : dmc-windsurf.com

1. La vidéo de son travail

 

 

2. Le custom et ses paramètres

 

Les paramètres dont il faut tenir compte pour la construction d’une planche sont très nombreux et Interdépendants: le casse-tête est donc bien réel ! Nous vous proposons ici de mettre en évidence quelques éléments, qui, nous en sommes certains, changeront votre regard sur votre planche ou future planche.

Commençons par le volume.

Le volume dépendra essentiellement du niveau du windsurfer, mais également du temps consacré à la pratique (des congés pendant la semaine pour une session ?) ainsi que du type de pratique (freestyle, freeride, vague, …).

En général, le volume d’une planche de vague correspondra au poids du rider + 5L en vagues européennes. Selon les autres aspects comme le niveau, l’état de stress ou les conditions météo, on pourra rajouter +/- 10 L au poids du rider.
Et pour les autres disciplines ?
Une planche de freestyle aura un volume de 40 à 50 L supérieur au poids du rider (elle avoisinera souvent les 100 L).
La planche de freeride / slalom aura un volume de 60 à 70 L supérieur au poids du rider (elle avoisinera souvent les 120 L).

Au niveau de la carène, plusieurs points sont à observer comme le V, le mono concave, le double concave ou encore le scoop et le rocker.

Le V stabilise la planche et diminue sa vitesse. Il permet aussi une plus grande solidité, au niveau de sauts violents par exemple, sa forme à l’atterrissage permet de jeter l’eau sur les côtés.
Le mono concave permet de donner de la vitesse ainsi que de l’appui dans les courbes (retend le scoop/rocker et donc favorise la vitesse et l’accroche).
Le double concave (peut être construit sur un V ou un mono concave) permet + de stabilité (longueur plus grande ==> plus de portance).
Le rocker aidera au surf (plus la vague est creuse, plus on aura besoin de lift).

Le V, le concave ou le lift sont calculés à l’aide d’une latte métallique positionnée latéralement ou longitudinalement sur la planche :

Manu 1 Manu 2

Le scoop nous intéressera lors de conditions de nav en vagues grosses, creuses et cassantes (Réunion, …). En vagues européennes, le scoop reste léger.
Quelques paramètres :
La planche de vague aura un rocker bien présent, du V et double concave sont fréquents.
La planche de freestyle ou la planche de slalom seront tendues.

Le rail … Là il va falloir résumer !!!

Le rail va changer du pied arrière au gréement en passant par le pied avant et le pied de mât. Les différences vont se jouer au niveau taille globale et tangente (+ arrondis ou + affuté).

L’endroit le plus épais sera au niveau de l’emplacement du gréement.
Les différences entre les rails tiendront compte comme d’habitude du rider (poids, type de navigation, type de spot,…).

Comment analyser le rail ? A l’aide d’un peigne…

DSC_2420vi

 

Quelques paramètres :
La planche de vague aura des rails affutés au niveau du tail (pintail) et arrondi au niveau du pied avant.
La planche de freestyle aura des rails arrondis sur tout le long et un tail large.
La planche de slalom aura des rails épais et arrondis.

Intéressons-nous maintenant aux ailerons et boitiers:

Comment placer correctement son aileron ? Quels sont les « repères » de Manu ?

Aileron reculé ==> vitesse et cap
Aileron avancé ==> Manœuvre
Le rapport cap-vitesse-manœuvre ==> le bord d’attaque de l’aileron se placera au début de la rentrée de rail (+/- 30 cm).

Il s’agit bien évidemment d’une belle prise de tête lorsqu’on y ajoute les twinzer, thruster ou quad !!!

Pour l’aileron, il existe deux types de matériaux : le G10 (résine époxy) et le polyester

Polyester ==> plus souple
Ce matériau permet beaucoup de confort et est très intéressant lors de conditions non surtoilées. Dans le cas contraire, il est très instable. L’aileron polyester a une durée de vie limitée, après un certain nombre d’utilisation, il devient excessivement souple et devient difficilement manœuvrable.
G10 ==> Plus rigide
Sa plus grande qualité se situera dans sa longévité et sa précision.

4 types de boitiers existent sur le marché :

      • Power box
      • US box
      • Mini tuttle : pour thruster et kite
      • Tuttle : 2 axes (des ailerons de + 38 cm)

 

Pourquoi utiliser un custom ?
Le custom est une planche faite sur mesure qui est donc entièrement adaptée à vos besoins !

Par contre le nombre d’heures de travail que le shaper doit consacrer uniquement à la construction de votre planche est très important : Manu nous avoue qu’il consacre entre 40 et 60 heures à une planche…

Mais cette planche aura des paramètres (rail, volume, carène, …) personnalisés : type de rider, nav, spot, …
Deux planches à même volume peuvent avoir des comportements complètements différents en fonction de leurs paramètres.

Elle aura, de plus, une solidité incomparable et donc une longévité accrue.

Sans oublier que la planche restera toujours modifiable… (déco, boitier, faible rajout de V de concave au niveau de la carène,…)

Le tout pour le prix de départ d’une planche de série …


Encore merci à Manu qui nous a accueilli à bras ouvert dans son univers de shaper !

 

Vocabulaire :

 

Carène (ou bottom) :
dessous de la planche
Lift :
courbure au niveau du tail
Outline :
forme générale de la planche
Pintail :
tail en pointe
Quad – thruster – twinzer :
4 – 3 – 2 ailerons
Rail :
carre de la planche
Rocker :
courbe générale de la planche
Scoop :
courbure au niveau du nose

 

3. L’interview


 

4. Les photos

Sur Flickr