Le retour du Custom made

custom windsurf

 

 

Black local
Blacklocal

 

Face à la montée des prix et la baisse de la qualité des flotteurs de série, on entend de plus en plus de windsurfers affirmant vouloir retourner au custom.
Stars dans les années 80 où chacun pouvait même s’improviser shaper avec des packs de shape tout compris pour créer soi-même sa planche, le custom a progressivement laissé place à la série pour devenir un type de construction confidentielle, encore soutenue par quelques acteurs que l’on peut compter aujourd’hui sur les doigts de la main – Copello, Sergio Murani (Black Local)…

atelier seaclone
Atelier Seaclone

 

Le shape est pourtant toujours la norme auprès des surfers qui ont tous leur shaper local. Il est aujourd’hui très rare de voir des personnes surfer sur des planches de série en shortboard, la série étant considérée comme peu radicale, de mauvaise qualité et réservée aux débutants.

 

 

La série

 

— le prix

usine cobra
Usine Cobra

 

Le marché s’est donc progressivement orienté vers une production en série de masse principalement dans l’usine thaïlandaise de Cobra.
Alors que les coûts de fabrication auraient dû être tirés vers le bas grâce à la production moulée dans des usines où la main d’œuvre est bon marché, on assiste pourtant chaque année à une montée des prix des planches qui culminent aujourd’hui à près de 2500 euros en prix public pour certaines marques, tandis que la qualité ressentie par les windsurfers n’a, quant à elle, pas bougé, et s’est même dégradée à en croire certains.

Les windsurfers restent impuissants face à cette restriction de leur pouvoir d’achat dans leur passion et il n’est pas une semaine où l’on ne râle pas sur le prix du matos sur les forums dédiés à notre sport favori.
En effet, l’usine Cobra agit depuis de nombreuses années dans une situation de quasi-monopole. Entendez par là qu’elle fait ce qu’elle veut, elle impose ses prix et sa qualité (ou sa mauvaise qualité), tandis que les marques ne peuvent pas faire jouer la concurrence en la menaçant d’aller voir ailleurs étant donné qu’ailleurs, il n’y a personne. La contraction du marché du windsurf n’a pas amélioré la chose avec la nécessité pour les marques d’augmenter leur marge pour continuer à subsister suite à la diminution du nombre de consommateurs.
On entend souvent parler de l’augmentation du prix du carbone, mais celui-ci n’y est pour rien tant son utilisation est minime dans les planches de séries. Cependant, certaines marques pourraient, par contre, être plus sensibles à l’augmentation du coût de la peinture noir effet carbone.

 

— La qualité

Parlons de la qualité : si globalement 90 % des windsurfers n’ont pas de problème, pour d’autres arrive que les planches se délaminent ou cassent en deux au premier saut et la garantie est très souvent longue et fastidieuse.

En effet, la production industrialisée, faite par des machines, entraîne forcément des ratés avec de la résine qui ne prend pas, des pains de mousses de mauvaise qualité rafistolés ou des erreurs de construction avec des bouts manquants.
J’ai personnellement eu 3 planches délaminées et 5 planches cassées en deux en 13 ans de planche. Bon d’accord, l’utilisation était intensive, mais tout de même, les planches sont faites pour naviguer ! L’histoire qui m’avait le plus énervé était celle de ma JP Australia Freestyle wave 86 2002 où j’avais enfoncé mes talons dans le pont. On m’avait répondu que c’était hors utilisation alors que c’était une planche signée par Josh Stone, star du freestyle à l’époque et utilisée dans tous les magazines par Ricardo Campello qui ne faisait que du freestyle avec le même genre de planche.

 

 

Les customs

 

 

copello
Copello

 

Face à cette inexorable montée des prix, les windsurfers commencent petit à petit à penser à revenir sur des customs. On l’entend sur la plage et sur les forums. Le custom est plus léger et plus solide grâce au procédé de fabrication qui ne laisse pas de plan de joint et c’est également grâce au shaper qui utilise des matériaux de tout premier choix par rapport à de la série et qui contrôle le processus de A à Z. Le custom coûte également largement plus cher à produire en termes de matériaux et de temps de travail par rapport aux les planches produites à la chaîne dans un moule chez Cobra.

Cependant, il existe certains problèmes inhérents au custom.

Tout d’abord, le volume de production. Un shaper ne peut pas produire un nombre infini de planches à cause du temps nécessaire à la production d’une planche. Les 10 shapers présents aujourd’hui en France ne pourraient jamais couvrir le marché français à eux seuls, même en bossant 24/24h.

Ensuite, le rendu du shape peut être aléatoire. Lorsqu’on se fait shaper un custom, on le fait shaper en fonction de son poids, de sa taille et de ses spots. Ce sera une planche unique, adaptée à soi-même, mais cette planche n’aura jamais été testée et on ne peut que faire confiance au talent de son shaper pour ne pas se planter ou mettre un peu trop de scoop. D’où l’intérêt d’aller voir des personnes qui ont déjà un nom dans le milieu et qui savent exactement ce qu’ils font pour vous fabriquer le custom de vos rêves. N’importe qui ne s’improvise pas shaper.

Finalement, la distribution en shop. Les shapers vendent directement au consommateur à cause des coûts de fabrication plus élevés de leurs planches par rapport à de la série chez Cobra. S’ils étaient amenés à mettre en place une distribution en surfshop, le prix des planches s’envolerait d’autant plus. Un retour total au shape ne serait donc pas bon pour nos surfshops qui sont des lieux de vie importants pour la pratique.

 

 

Les alternatives

 

 

custom windsurf
Quad

 

Récemment, les planches 99 Novenove sont apparues sur le marché avec une alternative qualitative à la production de série. Ces planches sont construites en Italie, à la manière d’un custom, mais grâce à la machine CNC (avec assistance numérique) acquise par la marque, ces planches custom sont reproductibles à la perfection. 99 Novenove a donc pu créer une gamme de planches fixes qu’elle produit à la manière d’un custom, ce qui permet au windsurfer de ne pas avoir de doute sur le shape qu’il commande. Les shapes sont testés avant leur sortie dans la gamme et peuvent être évalués par les magazines. Avec cette machine CNC, 99 supprime le côté aléatoire du shape d’un custom tout en conservant sa qualité de fabrication.
Cependant, le coût de fabrication du custom, ne permet pas de distribution en surfshop à prix correct par rapport au volume de fabrication limité. En conséquence, le problème reste entier pour la marque qui a dû trouver une autre alternative à sa production.
C’est pourquoi, 99 Novenove a décidé d’exporter son procédé de fabrication et va lancer le tout premier département custom made chez Cobra, afin de réduire ses coûts de fabrication d’un côté tout en conservant la qualité d’une fabrication custom de l’autre. Cette délocalisation partielle permettra à 99 Novenove de pouvoir mettre en place une distribution en surfshop à prix correct et d’augmenter le nombre de planches produites par an, limité auparavant à 200 pour toute l’Europe.
La production en Italie restera d’actualité et accessible directement auprès de la marque.

wc5
WC5

 

En conclusion, c’est un marché de plus en plus difficile qui s’offre à la planche à voile avec la contraction du marché d’un côté et la multiplication des acteurs de l’autre. Si les windsurfers recommencent à se tourner vers des customs, c’est pour retrouver une qualité qu’ils ont perdue avec la production thaïlandaise et en avoir enfin pour leur argent, lorsqu’il s’agit de leur passion. Malgré les technologies premiums des uns et des autres, facturés €300 de plus en surfshop, on voit bien que les windsurfers recherchent de plus en plus une véritable alternative. En effet, c’est bien dans le procédé de fabrication qu’il faut chercher, plus que dans du marketing, avec des appellations à rallonge qui sonnent bien, comme « Premium XTREM WC technological ». Au final, une couche de carbone fine comme du papier recouvrant le pont n’empêchera surtout jamais la malfaçon et les faiblesses naturelles d’une construction moulée faite par des machines. Il s’agit là d’une construction qui laisse de moins en moins de windsurfers dupes, achetant aujourd’hui plus d’occasions, car ne voulant plus payer 2 SMIC sur de la série neuve qui cassera au premier saut. Ceux-ci se tourneront de plus en plus vers une meilleure qualité concernant la construction custom, quitte à y mettre le prix.

chameleon
Novenove

 

 

Custom DMC

dmc windsurf

Article de Céline Grosjean

 

Manu Depersenaire, le shaper belge des customs DMC, se livre à nous pour une interview ainsi qu’une démonstration de son travail plus que méticuleux.

 

 

dmc windsurf

Nom : Manu Depersenaire
Atelier
: DMC
Son site web : dmc-windsurf.com

1. La vidéo de son travail

 

 

2. Le custom et ses paramètres

 

Les paramètres dont il faut tenir compte pour la construction d’une planche sont très nombreux et Interdépendants: le casse-tête est donc bien réel ! Nous vous proposons ici de mettre en évidence quelques éléments, qui, nous en sommes certains, changeront votre regard sur votre planche ou future planche.

Commençons par le volume.

Le volume dépendra essentiellement du niveau du windsurfer, mais également du temps consacré à la pratique (des congés pendant la semaine pour une session ?) ainsi que du type de pratique (freestyle, freeride, vague, …).

En général, le volume d’une planche de vague correspondra au poids du rider + 5L en vagues européennes. Selon les autres aspects comme le niveau, l’état de stress ou les conditions météo, on pourra rajouter +/- 10 L au poids du rider.
Et pour les autres disciplines ?
Une planche de freestyle aura un volume de 40 à 50 L supérieur au poids du rider (elle avoisinera souvent les 100 L).
La planche de freeride / slalom aura un volume de 60 à 70 L supérieur au poids du rider (elle avoisinera souvent les 120 L).

Au niveau de la carène, plusieurs points sont à observer comme le V, le mono concave, le double concave ou encore le scoop et le rocker.

Le V stabilise la planche et diminue sa vitesse. Il permet aussi une plus grande solidité, au niveau de sauts violents par exemple, sa forme à l’atterrissage permet de jeter l’eau sur les côtés.
Le mono concave permet de donner de la vitesse ainsi que de l’appui dans les courbes (retend le scoop/rocker et donc favorise la vitesse et l’accroche).
Le double concave (peut être construit sur un V ou un mono concave) permet + de stabilité (longueur plus grande ==> plus de portance).
Le rocker aidera au surf (plus la vague est creuse, plus on aura besoin de lift).

Le V, le concave ou le lift sont calculés à l’aide d’une latte métallique positionnée latéralement ou longitudinalement sur la planche :

Manu 1 Manu 2

Le scoop nous intéressera lors de conditions de nav en vagues grosses, creuses et cassantes (Réunion, …). En vagues européennes, le scoop reste léger.
Quelques paramètres :
La planche de vague aura un rocker bien présent, du V et double concave sont fréquents.
La planche de freestyle ou la planche de slalom seront tendues.

Le rail … Là il va falloir résumer !!!

Le rail va changer du pied arrière au gréement en passant par le pied avant et le pied de mât. Les différences vont se jouer au niveau taille globale et tangente (+ arrondis ou + affuté).

L’endroit le plus épais sera au niveau de l’emplacement du gréement.
Les différences entre les rails tiendront compte comme d’habitude du rider (poids, type de navigation, type de spot,…).

Comment analyser le rail ? A l’aide d’un peigne…

DSC_2420vi

 

Quelques paramètres :
La planche de vague aura des rails affutés au niveau du tail (pintail) et arrondi au niveau du pied avant.
La planche de freestyle aura des rails arrondis sur tout le long et un tail large.
La planche de slalom aura des rails épais et arrondis.

Intéressons-nous maintenant aux ailerons et boitiers:

Comment placer correctement son aileron ? Quels sont les « repères » de Manu ?

Aileron reculé ==> vitesse et cap
Aileron avancé ==> Manœuvre
Le rapport cap-vitesse-manœuvre ==> le bord d’attaque de l’aileron se placera au début de la rentrée de rail (+/- 30 cm).

Il s’agit bien évidemment d’une belle prise de tête lorsqu’on y ajoute les twinzer, thruster ou quad !!!

Pour l’aileron, il existe deux types de matériaux : le G10 (résine époxy) et le polyester

Polyester ==> plus souple
Ce matériau permet beaucoup de confort et est très intéressant lors de conditions non surtoilées. Dans le cas contraire, il est très instable. L’aileron polyester a une durée de vie limitée, après un certain nombre d’utilisation, il devient excessivement souple et devient difficilement manœuvrable.
G10 ==> Plus rigide
Sa plus grande qualité se situera dans sa longévité et sa précision.

4 types de boitiers existent sur le marché :

      • Power box
      • US box
      • Mini tuttle : pour thruster et kite
      • Tuttle : 2 axes (des ailerons de + 38 cm)

 

Pourquoi utiliser un custom ?
Le custom est une planche faite sur mesure qui est donc entièrement adaptée à vos besoins !

Par contre le nombre d’heures de travail que le shaper doit consacrer uniquement à la construction de votre planche est très important : Manu nous avoue qu’il consacre entre 40 et 60 heures à une planche…

Mais cette planche aura des paramètres (rail, volume, carène, …) personnalisés : type de rider, nav, spot, …
Deux planches à même volume peuvent avoir des comportements complètements différents en fonction de leurs paramètres.

Elle aura, de plus, une solidité incomparable et donc une longévité accrue.

Sans oublier que la planche restera toujours modifiable… (déco, boitier, faible rajout de V de concave au niveau de la carène,…)

Le tout pour le prix de départ d’une planche de série …


Encore merci à Manu qui nous a accueilli à bras ouvert dans son univers de shaper !

 

Vocabulaire :

 

Carène (ou bottom) :
dessous de la planche
Lift :
courbure au niveau du tail
Outline :
forme générale de la planche
Pintail :
tail en pointe
Quad – thruster – twinzer :
4 – 3 – 2 ailerons
Rail :
carre de la planche
Rocker :
courbe générale de la planche
Scoop :
courbure au niveau du nose

 

3. L’interview


 

4. Les photos

Sur Flickr