365 sessions

 

Un article d’Alexandre Feutré

 

J’ai eu le plaisir d’interviewer Guillaume Barjou connu sur le net sous le pseudo « Lomic ».
Lomic a relevé le défi de réaliser 365 sessions en un an soit une session par jour !
 

Alexandre Feutré (AF): Salut Lomic, à cette même période de l’année en 2011, tu venais de te lancer dans ton défi fou ! Peux-tu nous expliquer en quoi il consistait?

Guillaume Barjou (GB) : L’idée c’était d’aller à l’eau une fois par jour, en windsurf s’il y avait assez de vent, en SUP sinon.
 

 

AF : Comment t’est venue l’idée de réaliser ce défi ?

GB : Je traçais déjà mes sessions chaque année avec mon GPS et je savais combien de sessions j’avais fait dans l’année, combien de km parcourus, etc.. J’avais envie de pousser ce trip au bout, quel challenge du genre pouvait être tenté et tentant ? Réussir à sortir tous les jours, pour faire le max de sessions possibles sur une année.
 

AF : Quel était ton objectif personnel dans ce défi ? L’as-tu atteint ?
 
GB : 1er objectif : réussir mon pari.  Ce qui est chose faite depuis le 31 décembre 2011. Yes !
 

AF : Quels sont les spots où tu as réalisé ton défi ? Typé vague ou slalom ?

GB : J’ai navigué principalement autour de chez moi, en baie de Concarneau, et de temps en temps dans le sud de la France vers Gruissan. Pour le windsurf, c’est surtout en slalom que j’ai navigué. Pour trouver des spots de vagues depuis chez moi, il faut minimum 30 min de route, donc avec une session par jour, ça fait 1 h de plus sur la journée, ou plutôt 1 h 30 vu la distance des spots, sans compter la durée de la session et de la préparation du matos… et sans parler du budget carburant pour faire minimum 100 km par jour. Ce n’était pas jouable ! Si j’avais été payé pour faire ce défi aurait sans doute changé la donne, mais ce n’était pas le cas, je devais assurer mon boulot.
 

AF : Quel était ton Quiver pour réaliser ce défi ?

GB : En windsurf, j’ai fait une grosse partie de mes sessions avec ma NS Warp 8m², sous laquelle j’ai glissé une RRD AvantGlide 115L puis une RRD Firerace 120L. Le reste en 7 m Warp + Exocet SL 61, et parfois 6.2 Loft Blade + Exocet Warp Speed. En SUP j’ai quasi tout fait en Nahskwell Race 12’6.

 

 

AF : As-tu eu des sponsors ? Comment as-tu fait pour les décrocher ?

GB : J’ai trouvé quelques partenaires qui m’ont prêté ou donné du matériel, notamment AHD qui m’a prêté une Tactik pour les jours de vent léger, Nahskwell qui m’a prêté un SUP de race de 12’6, qui a été le SUP principal du défi pour les sorties SUP. Plus quelques autres comme Atan qui m’a offert une paire de chaussons pour remplacer mes vieux Hot Mistral déglingués à force d’être portés. Gong qui m’a donné une super pagaie carbone…

J’ai simplement contacté les marques ou partenaires qui collaient à ma philosophie dans leur approche du windsurf ou du SUP. Ces marques proposent du matos qui permet de prendre du plaisir sur l’eau tous les jours à des tarifs raisonnables, au lieu de vendre à prix d’or du matos de champion du monde hyper-mark été et tape-à-l’œil qui est bon pour la benne au bout d’une saison…
 

AF : Comment t’es-tu organisé pour concilier une session par jour avec ton travail ?

GB : Je suis indépendant et je bosse sur le net, donc peu importe l’heure à laquelle je bosse, sans ça impossible ou très compliqué de réaliser ce genre de défi. Donc, selon l’heure de la session, je décalais le boulot.
 

AF : Quelles sont, d’après toi, les qualités majeures dont tu as du faire preuve pour réaliser ce défi ?

GB : La ténacité avant tout. Il y a eu quelques jours où ce fut bien difficile de sortir de la maison pour aller me mettre à l’eau lorsque le temps était mauvais : gris, pluie, froid, pas de vent… Mais une fois sur l’eau, j’étais toujours bien là et content de m’être bougé, même tous les jours. Bon, 2011 a été très très cool côté météo. Très rares ont été les sorties sous la pluie et on a eu 30° fin octobre !
 

AF: T’es-tu préparé physiquement et mentalement pour ce défi ? As-tu eu une nourriture spécialement adaptée lorsque tu devais enchaîner de très grosses conditions ? 

GB : Non, je n’ai pas eu de préparation particulière, je naviguais déjà très régulièrement, pas loin de 150 sessions par an et mes sessions quotidiennes n’étaient pas très longues, donc j’ai pu garder tout au long du défi de l’énergie et je ne me suis pas épuisé. J’avais aussi la possibilité de choisir des spots abrités pour les jours de très/trop grosses conditions, mais je n’ai pas eu besoin de le faire.
 

AF : N’as-tu jamais souffert du froid ? (Pas une fois malade pendant un an) ?

GB : Non, comme dit plus haut, 2011 a été très cool, premières navs en maillot de bain en avril, dernières sorties torse-nu en SUP mi-novembre… Les navigations les plus fraîches ont eu lieu en janvier, mais il faisait très beau, donc le soleil chauffait bien pour compenser la fraîcheur. Pas malade de l’année, juste un rapide coup de fièvre en décembre, je me suis shooté un peu pour sortir, mais c’est passé très vite, ouf !
 

AF : Peux-tu nous donner quelques chiffres de ton défi ?

GB : SUP : +850 km, 153 sessions, pour environ 150 h.

Windsurf : +5600 km, 212 sessions, pour environ 300 h

(ces durées sont des durées sur l’eau, pas sur la plage avant après et en supprimant les pauses pendant)

Le flotteur de SUP le plus utilisé est le Nahskwell Race 12’6, 136 sessions.

En Windsurf c’est la RRD AvantGlide 125 avec 80 sessions, côté voiles, ma NS Warp 8 m² a fait 135 sessions, la 7m² 52 sessions.

170 sessions en intégrale hiver, 141 en intégrale été (3 mm manches courtes) et une 50aine en maillot.

 

AF : Sur 365 sessions tu as bien eu « The Top » and « the Flop » session ?

GB : Il y a eu quelques carottes, quelques sessions nazes, mais vraiment très peu où je n’ai pas eu de plaisir sur l’eau. Le pire des scénarii étant la journée pluvieuse où un peu de vent est annoncé, mais le vent n’arrive pas et la nuit arrive, toujours pas de session au compteur, du coup une session à la nuit tombante voire de nuit en SUP et sous la pluie… Mais il y a aussi eu beaucoup de très belles sessions, en début d’année avec de belles périodes de vent de Nord-Est et de soleil, une baie toute plate où j’ai pu glisser à loisir. Puis, plus tard dans l’année des sessions plus ventées sous un beau soleil avec les copains, de magnifiques sessions de SUP nocturnes avec des nuits pleines d’étoiles, de la chaleur et pas un pet de vent, le plancton phosphorescent s’allumait sous mes coups de pagaie ou ruisselait en scintillant sur la carène, des moments vraiment forts de communion avec la nature.

L’exemple d’une très bonne session en plus pour mon anniversaire
 

 

AF : Tu as décidé de partager ton défi sur le Net, que ce soit sur YouTube ou encore avec un site spécialement conçu pour ton défi. Comment as-tu fonctionné pour faire le compte rendu de chaque session et t’en souvenir ? Combien as-tu eu de vues par jour ?

GB : J’ai essayé au maximum de faire le compte-rendu de session le jour même, pour ne pas oublier, et aussi parce que le lendemain un autre compte-rendu s’ajoutait à la pile de comptes-rendus en attente, donc remettre au lendemain était la plus mauvaise idée possible ! S’il y avait des photos je les ajoutais aussi, et si possible une vidéo, mais c’était du boulot, donc de temps en temps je mettais seulement les vidéos. En prime pour chaque session, j’analysais la trace GPS et je faisais une capture d’écran de la trace sur un fond de carte satellite. Pour les visites, j’en ai eu jusqu’à 1000 par jour. Les 6 premiers mois de l’année, je tournais entre 200 et 300 et sur le reste de l’année c’était plus autour de 500 par jour avec une nette croissance sur les 3 derniers mois.

Ces visites et les messages d’encouragement fréquents ont bien participé à ma motivation. C’était en partie la raison d’être du site, pouvoir fédérer une communauté de lecteurs pour partager ce défi, sans parler des copains sur l’eau avec qui j’ai fait beaucoup de mes sessions.
 

AF : Si c’était à refaire que changerais-tu ?

GB : J’élargirais le nombre de sports possibles, pour varier les plaisirs (kayak, pirogue, canoë, dériveur, cata, habitable…). Et je ne referais pas un défi d’une sortie par jour, car c’est une contrainte ÉNORME. Tant que j’étais dedans ça allait, mais une fois le défi fini, quel soulagement aussi de ne plus être bloqué par ce défi. Je ne pouvais pas partir en vacances ou alors en m’organisant pour faire une session en cours de route, et à condition de faire des vacances sur l’eau. Et encore, les vacances, c’est un exemple agréable, parfois on est contraint à des déplacements moins joyeux (motifs pros ou familiaux) qui laissent peu de place à une session.

Par la suite, j’ai mis du temps à revenir à une vie « normale » sans l’obsession de la session à réaliser, mais j’ai aussi mis du temps à me réhabituer à ne pas aller à l’eau tous les jours. Au début, j’ai ressenti un manque important, puis ça m’a passé en 1 semaine ou 2.
 

AF : As-tu dans l’idée d’un nouveau défi pour 2013 ?

GB : Pas pour le moment, et il est un peu tard pour me lancer dans la préparation d’un nouveau défi (au moins, avoir un site internet qui fasse support/relais) et surtout trouver des partenaires pour avoir plus de matos, voire des aides financières pour imaginer quelque chose de plus ambitieux. Mais je garde l’envie de me relancer un défi un de ces 4, ça va mûrir dans ma tête et ça viendra comme une évidence, peut-être un gros raid en kayak par exemple 😉 .
 

 
Un article d’Alexandre Feutré

 

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